J'aimais cependant, et je me sentais aimé; mais qu'allait-il advenir de notre amour?
Si je n'avais pas aimé Clotilde, si je n'avais pas craint de la perdre, aurais-je accepté ce commandement?
Le premier pas dans la faiblesse et la lâcheté était fait, où m'arrêterais-je maintenant? Qui l'emporterait en moi: le coeur ou la conscience?
XXXIV
Nous nous dirigions sur Brignoles, qui, disaient les rapports, était en pleine insurrection, ainsi que les villages environnants, Saint-Maximin, Barjols, Seillon, Bras, Ollières.
Mais tant que nous restions dans le département des Bouches-du-Rhône, nous étions en pays tranquille, c'était seulement aux confins du Var que l'agitation avait dégénéré en résistance ouverte.
Un peu avant d'arriver aux montagnes qui forment le massif de la Sainte-Baume je fis faire halte à mes hommes et je crus devoir leur adresser un petit discours.
Je ne veux point le rapporter ici, attendu qu'il n'avait aucune des qualités exigées par les Professeurs de rhétorique: pas d'exorde pour éveiller l'attention des soldats, pas d'exposition, pas de confirmation pour prouver les faits avancés, pas de réfutation, pas de péroraison. En quelques mots je disais à mes hommes que nous n'étions plus en Afrique et que ceux qui allaient se trouver devant nous n'étaient point des Arabes qu'il fallait sabrer, mais des compatriotes qu'il fallait ménager.
En parlant, j'avais les yeux fixés sur Mazurier. Je le vis faire la grimace, cela m'obligea à insister. Je leur dis donc tout ce que je crus de nature à les émouvoir; puis, comme les vérités générales ont beaucoup moins d'influence sur des esprits primitifs que des vérités particulières et personnelles, l'idée me vint de leur demander si parmi eux il ne s'en trouvait point qui fussent de ce pays.
—Moi, dit un brigadier nommé Brussanes, je suis né à Cotignac, où j'ai ma famille.