—Cela n'en vaut pas la peine, répliqua Clotilde, et père ne serait pas content. Adieu, cousine.
Et sans attendre davantage, sans vouloir rien écouter, elle monta dans le coupé légèrement, gracieusement.
Je montai derrière elle, et l'on ferma la portière.
Enfin.... Je respirai.
Mais nous ne partîmes pas encore. Le conducteur, si pressé tout à l'heure, avait maintenant mille choses à faire. Les voyageurs enfermés dans sa voiture, il était tranquille.
Madame Lieutaud fit le tour de la voiture et se haussant jusqu'à la portière occupée par Clotilde, elle engagea avec celle-ci une conversation étouffée. Quelques mots seulement arrivaient jusqu'à moi. L'une faisait sérieusement et d'un air désolé des recommandations, auxquelles l'autre répondait en riant.
Le conducteur monta sur son siége, madame Lieutaud abandonna la portière, les chevaux, excités par une batterie de coups de fouet, partirent comme s'ils enlevaient la malle-poste.
J'avais attendu ce moment avec une impatience nerveuse; lorsqu'il fut arrivé je me trouvai assez embarrassé. Il fallait parler, que dire? Je me jetai à la nage.
—Je ne savais pas avoir le bonheur de vous revoir sitôt, mademoiselle, et en vous quittant l'autre nuit chez madame Bédarrides, je n'espérais pas que les circonstances nous feraient rencontrer, aujourd'hui, dans cette voiture, sur la route de Cassis.
Elle avait tourné la tête vers moi, et elle me regardait d'un air qui me troublait; aussi, au lieu de chercher mes mots, qui se présentaient difficilement, n'avais-je qu'une idée: me trouvait-elle dangereux ou ridicule?