C'était un vieux bûcheron aux traits fatigués, mais à l'attitude calme et résolue; il était vêtu d'une blouse bleue, et l'un de mes soldats portait un mauvais sabre rouillé qu'on avait saisi sur lui.
Je demandai quel était son crime; on me répondit qu'on l'avait arrêté au moment où il se sauvait pour rejoindre les insurgés.
La foule l'avait suivi et nous entourait en continuant de crier: «A mort! à mort!» Des femmes et des enfants montraient le poing au vieux bûcheron qui, sans s'émouvoir de tout ce tapage, les regardait avec placidité.
Je le fis entrer dans la salle de la mairie pour l'interroger et je fis entrer aussi les gens qui l'avaient arrêté, car il me paraissait impossible que l'exaspération de la foule n'eût pas un motif plus sérieux. On nous pressait tellement que je fus obligé de placer des sentinelles à la porte la sabre en main.
Je me fis d'abord raconter ce qui s'était passé par les témoins ou les acteurs de l'arrestation, et l'on me raconta ce qu'on m'avait déjà dit: ce vieux bonhomme, au lieu d'entrer dans le village, avait pris par les champs, on l'avait vu courir et se cacher derrière les oliviers quand il se croyait aperçu; on s'était mis à sa poursuite: on l'avait atteint, arrêté, et l'on avait trouvé ce sabre qu'il cachait sous sa blouse.
—C'est vrai ce qu'on raconte là? dis-je au bûcheron.
—Oui.
—D'où êtes-vous?
—De Salernes.
—Où allez-vous?