—Il doit donc être considéré comme étant en état d'insurrection.

—Je le crois, et c'est ce qui m'a obligé à le maintenir en arrestation; en même temps j'ai voulu le soustraire à l'exaspération de cette foule affolée.

—Ne parlons pas de cela, laissons cette foule de côté, et occupons-nous seulement de ce bûcheron. C'est un insurgé, n'est-ce pas?

—Cela n'est pas contestable et lui-même n'a pas envie de le contester; il avoue très-franchement son intention: il a voulu rejoindre ses amis qui se sont soulevés pour défendre le droit et la justice, ou tout au moins ce qu'ils considèrent comme tel.

—Bien; c'est un insurgé, vous le reconnaissez et lui-même le reconnaît aussi. Voilà un point d'établi. Maintenant passons à un autre. Il a été pris les armes à la main.

—C'est-à-dire qu'on a saisi sur lui un sabre rouillé qui ne serait pas bon pour couper des choux.

—Eh bien, ce sabre caractérise son crime et devient la circonstance aggravante qui vous oblige à le faire fusiller; l'ordre du ministre de la guerre est notre loi; vous connaissez cet ordre: «Tout individu pris les armes à la main sera fusillé.»

—Mais jamais personne ne donnera le nom d'arme à ce mauvais sabre, ce n'est même pas un joujou, dis-je en allant prendre le sabre qui était resté sur une table.

Et je le mis sous les yeux de M. de Solignac en faisant appel à son singulier acolyte. Tous deux détournèrent la tête.

—Il n'est pas possible d'argumenter sur les mots, dit enfin M. de Solignac, ce sabre est un sabre, et l'ordre du général Saint-Arnaud est formel.