—Et vous avez abandonné votre commandement; vous avez laissé mes hommes sous les ordres de Mazurier!
—Que pouvais-je faire?
—Rester à votre poste et accomplir la mission que je vous avais confiée.
—Cette mission, telle que vous me l'avez expliquée, était une mission de paix, non d'assassinat.
—Vous avez déserté votre poste.
—C'est vrai, colonel, et je ne me défends pas contre cette accusation qui n'est par malheur que trop juste. Celle que je repousse, c'est de n'avoir pas accompli la mission que vous aviez cru devoir me confier.
—Si vous ne pouviez pas la mener à bonne fin, il ne fallait pas l'accepter, monsieur.
—Voulez-vous vous rappeler que j'ai voulu vous donner ma démission?
—Et vous ne l'avez pas donnée.
—Ce reproche aussi est juste et vous ne condamnerez jamais ma faiblesse aussi sévèrement que je l'ai condamnée moi-même. Mais vous savez comment j'ai été entraîné. Je ne voulais pas accepter ce commandement qui m'obligeait à combattre des gens que j'approuvais. Vous m'avez représenté que ce que vous attendiez de moi, ce n'était pas d'engager la lutte, mais de l'empêcher. Cette considération m'a décidé. Elle a été l'excuse que j'ai pu faire concorder avec mes désirs, car ce n'était pas de gaieté de coeur, je vous le jure, que je voulais donner ma démission. Ce n'était pas par dégoût de la vie militaire que je voulais la quitter. Bien des liens me retenaient solides et résistants, plus résistants même que vous ne pouvez l'imaginer.