—Cela est fort ingénieux, dit-elle, mais est-ce bien délicat?
—Je ne sais pas, je n'ai pas pensé à la délicatesse du procédé, ni à sa convenance, ni à sa discrétion, je n'ai pensé qu'à une chose, à une seule, vous voir. J'aurais été libre, je n'aurais pas eu besoin de ce moyen, je serais resté du matin au soir à ma fenêtre, attendant l'occasion de vous apercevoir. Mais je ne suis pas libre, mon temps est occupé, il faut que je travaille.
—C'est un travail, ce dessin? dit-elle, en venant à ma table.
—C'est pour un grand ouvrage sur la guerre, dont je dois faire les gravures. Mais ne parlons pas de cela.
—Parlons-en, au contraire. Croyez-vous donc que je sois indifférente à ce qui vous touche? C'est un peu pour l'apprendre que je me suis décidée à cette visite: puisque vous ne vouliez pas venir chez moi, il fallait bien que je vinsse chez vous.
—Chère Clotilde....
Mais elle m'arrêta.
—J'ai une heure à passer avec vous, dit-elle en riant, ne m'offrirez-vous pas un siège?
Elle attira un fauteuil, et de la main me montrant une chaise à côté d'elle:
—Maintenant, causons raisonnablement, n'est-ce pas? Je vous croyais en Espagne, je vous retrouve à Paris; je vous croyais commerçant, je vous retrouve artiste; cela mérite quelques mots d'explication, il me semble.