—Ah! Guillaume, dit-elle en détournant la tête, épargnez-moi.
—Ne détournez pas votre regard et n'essayez pas de retirer votre main. J'ai commencé de parler, vous devez m'entendre jusqu'au bout.
—Et que voulez-vous donc que j'entende de plus? Que voulez-vous que je vous réponde?
—Je veux que ce que vous m'avez dit la dernière fois que nous nous sommes vus, vous me le répétiez aujourd'hui. Alors, peut-être, j'oublierai le passé, et une vie nouvelle commencera pour moi, pour nous, une vie de tendresse, d'amour, chère Clotilde. Tournez vos yeux vers les miens; regardez-moi, là ainsi, comme il y a trois mois, et ce mot que vous avez dit alors: «Guillaume, je vous aime,» répétez-le, Clotilde, chère Clotilde.
En parlant, je m'étais insensiblement rapproché d'elle; je l'entourais; je voyais ses prunelles noires s'ouvrir et se refermer, selon les impressions qui la troublaient; sa respiration saccadée me brûlait. Elle ferma les paupières et détourna la tête; sa main tremblait dans la mienne.
—Pourquoi me faire cette violence? dit-elle. Ah! Guillaume, vous êtes sans pitié!
—Ce mot, ce mot.
—Pourquoi m'obliger à le prononcer tout haut? Si je ne vous aimais pas, Guillaume, serais-je ici?
Je la saisis dans mes bras, mais elle se défendit et me repoussa.
—Laissez-moi, je vous en supplie, Guillaume, laissez-moi; ne me faites pas regretter d'être venue et d'avoir eu foi en vous. Souvenez-vous de ce que vous avez été à notre dernière entrevue.