Malgré tout, les choses eussent pu durer longtemps ainsi, sans un incident qui tout d'abord semblait devoir désespérer mon amour et qui au contraire fit son bonheur.
L'été arrivé, M. de Solignac avait trouvé qu'il ne pouvait pas rester à Paris. Ce n'était pas qu'il eût des goûts bucoliques qui l'obligeassent à aller respirer l'air pur des champs. Ce n'était pas non plus que Clotilde aimât beaucoup la campagne, car, ainsi que presque toutes les femmes qui ont été menacées de vivre à la campagne, elle adorait Paris. Mais les lois du monde commandaient, et il était inconvenant de rester à Paris quand les gens marquants étaient dans leurs terres.
N'ayant ni terre ni château héréditaire, M. de Solignac avait loué une maison sur le coteau qui s'étend entre Andilly et Montmorency, et il avait fait aux convenances le sacrifice de s'établir pour trois mois, dans cette maison, une des plus charmantes de ce charmant pays.
Trois mois! En apprenant cette nouvelle, j'avais été désolé. Comment vivre pendant trois mois sans voir Clotilde chaque matin! Comment rompre mes habitudes de chaque jour! Mon miroir muet pendant trois mois, c'était impossible!
Pour m'adoucir cette désolation, Clotilde m'avait fait inviter à dîner tous les mercredis à Andilly; et comme je n'étais plus au temps où certains scrupules m'arrêtaient, j'avais accepté avec bonheur.
Le troisième mercredi qui suivit cette installation à la campagne, je vis venir Clotilde au-devant de moi quand j'entrai dans le jardin. Elle était souriante, et il y avait dans son regard quelque chose de gai qui me frappa.
—Une bonne nouvelle, dit-elle en me tendant la main, nous sommes libres, nous sommes seuls. M. de Solignac est parti hier à l'improviste pour Londres. Je devais vous en prévenir; j'aurai oublié. Nous avons deux heures avant le dîner: que veux-tu en faire? Tu es maître, commande.
—D'abord je veux ton bras.
Elle se serra contre moi.
—Comme cela?