D'un bond, je fus près d'elle et la pris dans mon bras, tandis que, de l'autre main, j'éteignais la lampe.
Malgré mon étreinte, elle put se dégager et elle me supplia de m'éloigner. Elle se jeta à mes genoux, et tout ce qu'une femme peut dire, elle le trouva: prières, menaces, caresses. La lutte fut longue; mais comme toujours, elle triompha.
Je fis quelques pas pour m'éloigner.
—Tu pars, me dit-elle, c'est vrai n'est-ce pas? tu m'épargnes; tu pars; eh bien! reste.
Et elle se jeta dans mes bras.
LIII
Depuis longtemps ma vie flottait sur le fleuve aux eaux troubles qui la porte, et longtemps encore sans doute il m'eût entraîné dans son courant, si tout à coup je ne m'étais brusquement trouvé arrêté et forcé de revenir en arrière, au moins par la pensée, en mesurant le chemin parcouru.
Le gouvernement impérial, après avoir fait la guerre de Crimée pour réhabiliter l'armée et noyer dans la gloire militaire les souvenirs de Décembre, avait entrepris la guerre d'Italie.
Le hasard m'avait fait traverser la rue de Rivoli au moment où l'empereur, sortant des Tuileries, se dirigeait vers la gare de Lyon pour aller prendre le commandement des troupes. J'avais accompagné son cortège et j'avais vu l'enthousiasme de la foule.
Assis dans une calèche découverte, ayant l'impératrice près de lui, il avait été acclamé sur tout son passage. En petite tenue de général de division, il saluait le peuple, et jamais souverain, je crois, n'a recueilli plus d'applaudissements. Les maisons étaient pavoisées de drapeaux français et de drapeaux sardes, et tous les coeurs paraissaient unis dans une même pensée d'espérance et de confiance: l'armée de la France allait affranchir un peuple.