—Bonnes gens, ces Bédarrides. Je les connais beaucoup; ça n'apprécie que la fortune; ça se croit quelque chose parce que ça a des millions; mais, malgré tout, bonnes gens qui rendent à l'officier ce qu'ils lui doivent.
—Pour moi, je leur suis reconnaissant de m'avoir fourni l'occasion de faire la connaissance de mademoiselle votre fille, et par là la vôtre, général.
—Ma fille m'a dit que vous venez à Cassis pour visiter le fort et savoir ce qu'on en peut tirer de bon; est-ce cela?
—Précisément.
—Mais ce n'est pas vraisemblable.
Je fus un moment déconcerté; mais me remettant bientôt, je tâchai de m'expliquer, et lui répétai la fable que j'avais déjà débitée à sa fille.
—C'est bien là ce que Clotilde m'a dit, mais je ne voulais pas le croire; comment, il y a dans la commission de la défense de nos côtes des officiers assez bêtes pour s'occuper de ça; c'est un marin, n'est-ce pas? ce n'est pas un militaire.
J'évitai de répondre directement, car il ne me convenait pas de trop préciser dans une affaire aussi sottement engagée.
—Peut-être veut-on transformer le fort en prison; peut-être veut-on vendre le terrain; je ne sais rien autre chose si ce n'est qu'on m'a demandé comme service, et en dehors de toute mission officielle, de faire quelques dessins de ce fort et de les envoyer à Paris avec les renseignements que je pourrais réunir sur son utilité ou son inutilité.
—Maintenant que vous l'avez vu, je n'ai rien à vous en dire, n'est-ce pas? vous en savez tout autant que moi puisque vous êtes militaire.