Sortir, il faudrait lutter dans l'obscurité de l'escalier.
Sauter par la fenêtre, ce serait tomber au milieu de mes six chenapans qui me fusilleraient à leur aise.
Ce fut cependant à la fenêtre que je demandai mon salut.
Vivement, je pris les draps, la couverture et l'oreiller de mon lit et les roulai dans mon manteau. A la rigueur et dans l'obscurité, un paquet pouvait être pris pour un homme.
Je me baissai de manière à ne pas dépasser la fenêtre, puis, soulevant mon paquet, je le jetai dans la cour. Immédiatement une décharge retentit. Ma ruse avait réussi; mes chenapans avaient cru que j'étais dans mon manteau et ils m'avaient fusillé.
Leurs fusils étaient vides. C'était le moment de sauter à mon tour. Je pris mon revolver de la main droite et me suspendant de la main gauche à l'appui de la fenêtre, je me laissai tomber dans la cour.
Mes assaillants, qui me savaient seul dans ma chambre, et qui voyaient deux hommes sauter par la fenêtre, furent épouvantés de ce prodige. Avant qu'ils fussent revenus de leur surprise, je leur envoyai deux coups de revolver. Pris d'une terreur folle, ils ouvrirent la porte de la route et se sauvèrent.
Je courus à l'écurie; si mon guide avait été là, je pouvais échapper; mais j'eus beau appeler, personne ne répondit. Dans l'obscurité, trouver mon cheval et le seller était difficile. Je perdis du temps.
Quand je sortis de la cour, mes brigands étaient revenus de leur terreur; ils me saluèrent d'une fusillade qui abattit mon cheval et me cassa la jambe.
Comment je ne fus pas massacré, je n'en sais rien. Je reçus force coups; puis, le matin, comme je n'étais pas mort, on me transporta à Puebla. Je suis prisonnier à l'hôpital, où l'on soigne ma jambe cassée.