Cette consultation et les délais nécessaires pour que mon ami se procurât cet acte de mariage donnèrent le temps à ma fureur de s'apaiser; le sentiment paternel l'emporta.
J'écrivis à madame la baronne Torladès que j'étais à sa disposition pour faire la visite dont elle m'avait parlé. Elle me répondit qu'elle serait le lendemain à la gare du Nord à dix heures.
Elle fut exacte au rendez-vous. Nous partîmes pour Bernes, un village auprès de Beaumont, et nous fîmes la route sans échanger un seul mot.
Je trouvai ma fille chez une fermière. Mais après nous avoir regardés quelques secondes, elle ne fit plus attention à nous: elle ne connaissait que sa nourrice.
Le retour fut ce qu'avait été l'aller. Je ne levai même pas les yeux sur cette femme que j'avais tant aimée, que j'aimais tant.
—Quand vous voudrez voir Valentine, me dit-elle en arrivant dans la gare, vous n'aurez qu'à m'avertir, car je dois vous dire que j'ai donné des ordres pour qu'on ne puisse pu l'approcher sans moi.
Je ne répondis pas et m'éloignai.
Le soir même, je prenais le train de Saint-Nazaire.
Et c'est de ma cabine de la Floride que je t'écris cette lettre.
Je retourne au Mexique. Arrivé le 12, je repars le 20. Je suis resté huit jours en France; les huit jours les plus douloureux de ma vie.