—Nous n'avons pas trop l'air d'être dans le même commerce que ces pistolets-là, me dit-il en souriant.

Nos noms furent bientôt échangés.

Le hasard voulut qu'il connût le mien.

Le sien était celui d'un officier de l'aristocratie démissionnant au coup d'État, dans des conditions qui avaient frappé l'attention publique, et après être rentré dans l'armée au moment de la guerre du Mexique s'était signalé de telle sorte que, pendant plusieurs années, ce nom avait rempli les journaux.

On n'est pas romancier si l'on ne sait pas écouter.

J'aurais bien voulu savoir ce qu'il faisait alors à Saint-Denis, et ce qu'il attendait dans cet hôtel.

Mais ce ne fut pas de cela qu'il me parla: ce fut de sa sortie de l'armée et de ses luttes de conscience à ce moment, ce fut aussi du Mexique.

Notre soirée se passa: lui à parler, moi à écouter, pendant qu'autour de Paris, au sud et à l'ouest, une de ces fusillades folles comme il y en eut plusieurs sous la Commune, emplissait le ciel d'éclairs fulgurants que nous suivions sur les eaux noires du canal au bord duquel nous nous promenions: l'orage le plus terrible n'eût pas mieux enflammé le ciel et les eaux.

Ce fut là, sous cette impression si forte et si poignante de la guerre civile, que me vint l'idée de ce roman qui parut dans l'Opinion nationale sous le titre: Le Roman d'une Conscience, et ne prit celui de Clotilde Martory que lorsqu'après un certain recul je sentis que c'était réellement Clotilde qui remplissait le premier rôle et non Saint-Nérée.

H.M...