—Hé bien, je l'ai cru, en vous voyant à la bibliothèque, et c'est pour savoir comment vous les aviez accueillies que je vous ai amené ici pour tenir conseil et m'entendre avec vous.
—On vous a donc fait ces ouvertures à vous?
—Oui, à moi, comme à un grand nombre d'officiers.
—Une conspiration?
—Non, car s'il avait été question d'une conspiration, on y aurait mis, je pense, plus de réserve.
—C'est tout haut qu'on vous demande si vous êtes disposés à appuyer le rétablissement de l'empire.
—Hé, mon cher, ce n'est pas cela qu'on nous demande, car, au premier mot, beaucoup d'officiers, moins fermes que vous, tourneraient le dos au négociateur. On nous représente seulement qu'un jour ou l'autre un conflit éclatera entre le président de la République et l'Assemblée, et l'on insiste sur les avantages qu'il y a pour l'armée à se ranger du côté de Louis-Napoléon; en même temps on glisse quelques mots adroits sur les avantages personnels qui résulteront pour les officiers disposés à prendre ce parti. Tout cela se fait doucement, habilement, par un homme qui est l'agent du bonapartisme dans le Midi, le commandant de Solignac.
En entendant ce nom, il m'échappa un mouvement involontaire.
—Vous le connaissez? demanda Vimard.
—Non; j'ai entendu son nom et je l'ai vu figurer dans les procès de Strasbourg et de Boulogne.