En effet, le général s'agita sur son fauteuil.
Clotilde aussitôt se remit à son piano, et bientôt la respiration du général montra qu'il s'était rendormi.
Pendant assez longtemps nous restâmes l'un et l'autre silencieux: je ne sais ce qui se passait en elle; mais pour moi j'avais peur de reprendre notre entretien qui, sur la voie où il se trouvait engagé, pouvait nous entraîner trop loin. J'avais brusquement, emporté par une impatience plus forte que ma volonté, avoué mon amour; mais si angoissé que je fusse d'obtenir une réponse décisive, j'aimais mieux rester à jamais dans l'incertitude que d'arriver à une rupture.
Clotilde avait répondu d'une façon obscure; fallait-il maintenant l'obliger à expliquer ce qui était embarrassé et préciser ce qui était indécis? Déjà, pour n'avoir pas voulu me contenter du regard qui avait été sa première réponse, j'avais vu ma situation devenir plus périlleuse; maintenant, fallait-il insister encore et la pousser à bout?
Était-elle femme, d'ailleurs, à parler la langue nette et précise que je voulais entendre? Et ne trouverait-elle pas encore le moyen de donner à sa pensée une forme qui permettrait toutes les interprétations?
Ce fut elle qui rompit la première ce silence.
—Qu'avez-vous donc compris? dit-elle, je cherche et ne trouve pas; vous défendre cette maison, moi?
—Il me semble....
—Je ne me rappelle pas mes paroles, mais je suis certaine de n'avoir pas dit un mot de cela.
—Si ce ne sont pas là vos propres paroles, c'est au moins leur sens général.