Je lui expliquai les motifs qui m'avaient amené et qui me retenaient près de mon père.

—Enfin, puisque vous avez pu sortir aujourd'hui, je vous demande que, si vous avez demain la même liberté, vous veniez me voir. J'ai absolument besoin d'un entretien avec vous: un service à me rendre; un poids à m'ôter de dessus la conscience.

—Vous parlez donc de votre conscience, maintenant?

—Je ne parle plus que de cela: conscience, honneur, patrie, vertu, justice, c'est le fonds de ma langue; j'en fais une telle consommation qu'il ne doit plus en rester pour les autres. Mais assez plaisanté; sérieusement, je vous demande, je vous prie de venir rue Royale, n° 7, aussitôt que vous pourrez, de onze heures à midi. Il s'agit d'une affaire sérieuse que je ne peux vous expliquer ici, car j'ai dans ma voiture un personnage qui s'impatiente et que je dois ménager. Viendrez-vous?

—Je tâcherai.

—Votre parole?

—Vous n'y croyez pas.

—Pas à la mienne; mais à la vôtre, c'est différent.

—Je ferai tout ce que je pourrai.

Je n'allai point le voir le lendemain, mais j'y allai le surlendemain, assez curieux, je l'avoue, de savoir ce qu'il y avait sous cette insistance.