—Écoutez-moi, je n'ai jamais vu personne se moquer des gens comme vous, et je suis bien décidé à ne plus me laisser rouler. De remise en remise, j'ai attendu jusqu'au jour d'aujourd'hui, et maintenant vous êtes plus endetté que vous ne l'étiez il y a trois mois, comme dans trois mois vous le serez plus que vous ne l'êtes aujourd'hui. Je connais votre position mieux peut-être que vous ne la connaissez vous-même. Vos chevaux sont à Montel, vos voitures à Glorieux; depuis un an vous n'avez pas payé chez Durand, et depuis six mois chez Voisin; vous devez 30,000 francs chez Mellerio, 5,000 francs à votre tailleur...

—Qu'importe ce que je dois, si j'ai des ressources pour payer?

—Mais où sont-elles, vos ressources? C'est là précisément ce que je demande: prouvez-moi que vous pourrez me payer dans six mois, dans un an, et j'attends. Allez-vous vous marier? c'est bien; avez-vous un héritage à recevoir? c'est bien. Mais non, vous n'avez rien, et il ne vous reste qu'à disparaître de Paris et à aller vous faire tuer en Afrique.

—Vous croyez?

—Vous parlez de vos ressources.

—Je parle de mes amis et des moyens que j'ai de vous payer prochainement, très-prochainement.

—Vos amis, oui, parlons-en. Le président de la République, n'est-ce pas? C'est votre ami, je ne dis pas non, mais ce n'est pas lui qui payera vos dettes, puisqu'il ne paye pas les siennes. Depuis qu'il est président, il n'a pas payé ses fournisseurs; il doit à son boucher, à son fruitier; à son pharmacien, oui, à son pharmacien, c'est le mien, j'en suis sûr; il doit à tout le monde, et pour leur faire prendre patience il leur promet qu'ils seront nommés «fournisseurs de l'empereur» quand il sera empereur. Mais quand sera-t-il empereur? Est-ce que s'il pouvait donner de l'argent à ses amis, il laisserait vendre l'hôtel de M. de Morny?

—Il ne sera pas vendu.

—Il n'est pas moins affiché judiciairement pour le moment, et celui-là est de ses amis, de ses bons amis, n'est-ce pas? Il est même mieux que ça, et pourtant on va le vendre.

—Écoutez, interrompit Poirier, je n'ai qu'un mot à dire: s'il ne vous satisfait pas, allez-vous-en; si, au contraire, il vous paraît raisonnable, pesez-le; c'est votre fortune que je vous offre; nous sommes aujourd'hui le 25 novembre, accordez-moi jusqu'au 15 décembre, et je vous donne ma parole que le 16, à midi, je vous paye le quart de ce que je vous dois.