Quand?

C'était à peine si elle avait osé s'avouer à elle-même ses sentiments vrais, et encore n'y avait-il pas longtemps qu'elle l'avait fait en toute sincérité, ayant trouvé toujours jusque-là des explications plus ou moins satisfaisantes à ce qu'elle avait appelé tout d'abord sa sympathie pour Richard, ensuite sa tendresse, après son amitié, et enfin, alors qu'il lui avait été impossible de se mentir à elle-même plus longtemps—son amour.

Et cependant elle s'était si bien cachée, elle avait si bien dissimulé!

Surtout depuis qu'elle avait reconnu qu'elle aimait, elle avait observé une si grande réserve avec Richard!

Ce fut un moment cruel pour elle que celui où elle fut contrainte de reconnaître que son grand-père avait observé et qu'il avait lu ce qui se passait dans son coeur.

Jamais elle n'avait été si embarrassée, si mal à l'aise, que le lendemain du jour où elle avait compris que son grand-père savait tout; et en descendant pour déjeuner elle avait un pouce de rouge sur le front et sur les joues, quand son grand-père, l'embrassant tendrement comme à l'ordinaire, l'avait longuement regardée les yeux dans les yeux.

Il avait cependant l'habitude de l'examiner ainsi et de plonger dans son âme chaque fois qu'elle venait à lui le matin; mais elle s'imaginait dans son trouble que jamais il n'avait mis dans son regard la curiosité et toutes les questions qu'elle y trouvait en ce moment.

Miss Armagh aussi lui causa une impression pénible, et à table elle s'imagina que les domestiques avaient une étrange façon de la regarder, comme s'ils eussent été maîtres de son secret.

Mais peu à peu ce trouble s'apaisa, et après n'avoir été sensible qu'à ce qu'il y avait de blessant pour sa pudeur dans cette situation, elle en vint à voir les avantages qui s'y trouvaient.

Puisque son grand-père s'inquiétait des croyances de Richard et voulait l'amener à se convertir, c'était donc qu'il n'était point fâché quelle aimât Richard.