En cherchant dans sa tête un seul mot qui affirmât l'amour de Richard, Bérengère ne l'eût pas trouvé; mais sans chercher elle sentait dans son coeur mille témoignages de cet amour plus frappants, plus éblouissants, plus enivrants les uns que les autres.

Il l'aimait, donc il penserait, il sentirait, il croirait comme elle.

C'était ainsi au moins que dans son assurance enfantine elle comprenait l'amour, n'admettant pas une seconde qu'il pût y avoir doute à cet égard.

Seulement pour qu'il répondît à son grand-père dans le sens que celui-ci désirait, il fallait qu'il fût prévenu.

En effet, s'il ignorait dans quelle intention M. de la Roche-Odon avait entrepris sa conversion, il pouvait très-bien arriver qu'il ne prêtât qu'une oreille distraite aux exhortations qu'on lui adresserait; il était soldat et il pouvait ne pas aimer les sermons.

M. de la Roche-Odon lui démontrant l'excellence de la religion parce que cette religion était excellente, ne serait pas écouté comme M. de la Roche-Odon, lui demandant une conversion qui ferait le mariage de sa petite-fille.

Ah! si elle avait pu le prévenir et le styler!

Mais cela n'étant pas possible, elle voulut au moins ne pas rester dans l'angoisse intolérable que le doute à propos de la réponse de Richard lui causait, et pour cela elle se décida à l'interroger elle-même pour voir dans quelles dispositions il était.

D'ailleurs, en le questionnant à ce sujet, ne pouvait-elle pas en même temps le prêcher?

Et il y avait certitude qu'il ne l'écouterait pas d'une oreille distraite.