Le choix fut long, car Bérengère ne voulait pas arriver chez Sophie trop longtemps avant le capitaine.
Pour retourner de chez les demoiselles Ledoux à la Rouvraye, ce n'était point précisément le chemin de passer devant la maison de Richard, cependant Bérengère voulut prendre cette route et justifia son désir par une explication plus ou moins heureusement trouvée.
Elle ne savait pas si elle verrait Richard dans son jardin, mais enfin elle verrait sa maison, l'allée dans laquelle il se promenait, le saule sous lequel il s'asseyait et rêvait.
Elle ne l'aperçut point, alors elle hâta le pas de peur qu'il ne fût déjà arrivé chez Sophie, et elle traîna derrière elle miss Armagh, qui se demandait pourquoi, après avoir marché si lentement d'abord, on marchait maintenant si vite.
—Voici quelques petits objets pour notre petit Richard, dit Bérengère en déposant son paquet sur la table et en le défaisant; ce sont des béguins et des brassières; le petit grossit et j'ai remarqué qu'il était gêné des bras; il remuera mieux lorsqu'il sera plus à l'aise.
—Oh! mademoiselle, combien vous êtes bonne! dit Sophie, mais c'est trop beau pour mon enfant.
—Cela ne lui donnera pas des idées de luxe, je l'espère, et puis j'ai plaisir à voir mon filleul beau. Voulez-vous que nous le fassions beau; nous allons lui mettre une brassière neuve et un béguin.
Et toutes deux elles se mirent à habiller l'enfant; Sophie le tenant sur ses genoux, Bérengère lui passant ses petits bras potelés dans les manches de la brassière.
Lorsqu'elles l'eurent bien pomponné, Bérengère lui tourna la tête vers elle comme elle eût fait d'une poupée articulée, puis lui souriant:
—Allons, Richard, mon petit Richard, faites risette, monsieur.