L'angoisse lui étreignit le coeur.

Il ne pouvait pas avec elle, comme il l'avait essayé avec le comte, tourner autour de cette question et se tenir dans des généralités plus ou moins vagues.

De lui à elle, il ne devait y avoir aucune tromperie.

L'habileté même eût été un crime.

Tout devait être entre eux loyal et franc.

Si elle devait être sa femme un jour, il ne fallait pas, quand elle le connaîtrait bien, qu'elle éprouvât une déception et pût croire qu'elle avait été abusée.

Si elle ne devait pas l'être, il ne fallait pas que, par l'adresse de ses paroles, il l'attirât à lui et lui inspirât des espérances irréalisables.

Il ne s'agissait pas, à cette heure décisive, de s'abriter derrière les convenances et la modestie, ni de se dire: «Elle ne m'aime pas et ne m'aimera jamais»; le probable au contraire était que si elle ne l'aimait pas en ce moment, elle était au moins poussée vers lui par un sentiment de sympathie et de tendresse qui pouvait très bien se changer en amour; que fallait-il pour que cela se réalisât? Tout simplement peut-être qu'elle pût croire que son grand-père réussirait dans l'oeuvre de conversion qu'il avait entreprise, car enfin ce n'était pas inconsidérément qu'elle venait ainsi lui parler des espérances de son grand-père et même des siennes: elle avait une raison, elle avait un but.

La raison,—savoir ce qu'il pensait;

Le but—l'engager sans doute à écouter la parole de M. de la Roche-Odon, et à se laisser convaincre par elle.