Ce fut madame de la Roche-Odon qui commença l'entretien:

—On me dit, madame, que vous avez à me remettre une lettre de M. Filsac; il a été plein de zèle, plein de dévouement pour moi M. Filsac, et je serais heureuse de lui témoigner ma reconnaissance pour ses bons soins.

Cela fut dit avec une bonne grâce parfaite qui eût donné du courage à la solliciteuse la plus réservée.

Mais ce n'était point en solliciteuse que madame Prétavoine se présentait.

Elle tendit à la vicomtesse la lettre de l'avoué.

Bien qu'elle fût longue, madame de la Roche-Odon la lut d'un coup d'oeil.

—Ah! madame, dit-elle lorsqu'elle l'eut achevée, combien j'ai d'excuses à vous faire; c'est vous qui venez chez moi quand c'eût été à moi d'aller chez vous, si vous aviez bien voulu m'envoyer cette lettre au lieu de prendre la peine de me l'apporter.

—C'était à moi, madame, d'avoir l'honneur de vous faire la première visite.

—M. Filsac me dit que vous voyez souvent ma chère fille et que vous pouvez me parler d'elle longuement. Comment est-elle, la pauvre petite?

C'était là que madame Prétavoine attendait madame de la Roche-Odon; la première partie de son plan avait réussi, elle était entrée dans la place. A elle maintenant, à son adresse, de s'y établir, à son tact de s'y maintenir.