Elle se tut, puis elle regarda autour d'elle; une grosse pierre couverte de mousse était adossée à un énorme bloc de grès, placée là comme pour faire un siége.

—Voulez-vous que nous nous asseyions là, dit-elle, nous serons bien pour causer.

Il la conduisit à la pierre qu'elle venait de lui montrer.

Elle s'assit, et de la main elle l'engagea à prendre place près d'elle.

Depuis qu'elle avait écrit à Richard, elle n'avait eu qu'une pensée: ce qu'elle dirait dans ce tête-à-tête. Elle s'était bien préparée: «Elle dirait ceci, elle ferait cela.» Sans doute elle serait terriblement émue, mais enfin quand à l'avance on a bien disposé son plan de conduite et soigneusement choisi ses paroles, on doit se tirer mieux d'affaire qu'alors qu'on se livre à l'improvisation.

Mais en comptant sur une émotion terrible, elle était restée au-dessous de la réalité; celle qui l'étouffa au coeur et la serra à la gorge au moment où elle voulut prononcer le premier mot de ce qu'elle avait à dire, fut si violente, qu'elle resta la bouche ouverte sans pouvoir articuler un son.

Par un effort tout-puissant de sa volonté, elle réagit contre cet effet physique, mais chose extraordinaire, quand elle chercha dans sa mémoire ce qu'elle avait si bien préparé, elle ne trouva rien: elle était emportée dans un tourbillon et incapable de se ressaisir.

Elle leva les yeux sur Richard, mais le regard qu'elle rencontra la troubla encore plus profondément.

De nouveau elle baissa les yeux et se tut; mais à travers ses paupières abaissées elle sentait les yeux de Richard, de même que sur ses joues elle sentait son souffle qui la brûlait.

Dépitée contre elle-même, effrayée aussi, elle se leva vivement et faisant quelques pas en avant, elle vint sur le bord du plateau à l'endroit où la vue s'étendait librement sur la forêt.