Elle avait prononcé ces dernières paroles lentement, péniblement, mettant un silence entre chaque mot, mais cela dit, elle parla avec volubilité comme si elle venait de débarrasser sa langue du bâillon qui la paralysait.

—Cette émancipation il l'avait espérée pour une date prochaine; mais, par suite de formalités légales, mal comprise par lui, il paraît qu'elle est impossible. Je n'ai pas à vous expliquer cela, c'est inutile, n'est-ce pas? Il y a un fait, je ne puis pas être émancipée, je ne puis être que mariée. Mais précisément je ne veux pas qu'on me marie.

—Ah! vous ne voulez pas...

—Non, je veux me marier moi-même; petite fille je disais que je n'épouserais que l'homme que j'aurais choisi et que j'aimerais; grande fille je n'ai pas changé de sentiment.

Il se fit un silence.

Le capitaine écoutait avec une anxiété si vive qu'il ne pensait pas à interrompre ou à interroger.

Quant à Bérengère, elle s'était de nouveau laissé reprendre par l'émotion qui, quelques instants auparavant, l'avait paralysée.

Cependant après quelques secondes elle continua:

—Vous pensez bien, n'est-ce pas, que je ne suis pas fille à me laisser donner un mari, même quand ce serait pour assurer le repos et le bonheur de mon pauvre grand-papa que j'aime tant; dites-moi que vous le pensez.

—Je le pense.