—Aviez-vous peur que je fusse perdue?
Ce n'était pas sur ce ton que Bérengère répondait ordinairement à son institutrice, aussi miss Armagh resta-t-elle un moment interloquée.
Mais elle se remit bien vite; n'avait-elle pas le droit de son côté? Alors, le prenant de haut, elle s'adressa à cette petite fille révoltée, en héritière (sans héritage, hélas!) des rois d'Irlande.
Malheureusement cette petite fille était aussi une héritière, et si son institutrice descendait des rois d'Irlande, elle descendait, elle, d'un sang qui avait fait des rois: Rollon, Robert Guiscard et Guillaume le Conquérant.
Miss Armagh l'ayant pris de haut, Bérengère le prit de plus haut encore.
Elle n'était plus une petite fille.
Stupéfaite de cette résistance, miss Armagh jugea prudent de ne pas continuer une lutte ainsi engagée.
—Nous nous expliquerons ce soir avec M. le comte, dit-elle.
—Parfaitement; je regrette que vous fassiez cette peine à grand-papa, mais comme je n'ai rien à lui cacher, j'accepte cette explication. A ce soir.
Et, la tête haute, le regard assuré, elle monta à son appartement où elle s'enferma, pour être libre de penser à Richard.