—Et comment est-elle, la petite soeur?
Ce fut madame de la Roche-Odon qui répondit à cette question en résumant en quelques mots tout ce que madame Prétavoine venait de lui dire.
—Ah bah! si jolie que cela. Quel âge a-t-elle donc maintenant?
—Seize ans, répondit madame Prétavoine.
—Seize ans et jolie. Alors j'espère qu'elle traîne toute une troupe de soupirants derrière elle; mais qu'elle ne fasse pas la bêtise de choisir un mari. Je lui écrirai. Il ne faut pas qu'elle se marie avant d'avoir vu le monde. Et nous le lui montrerons, n'est-ce pas, mère? Son mari doit avoir un grand nom ou une grande situation et être un peu bêta, afin qu'elle le mène par le bout du nez: je lui trouverai ça.
V
Après avoir déposé sa mère à la porte de madame de la Roche-Odon, Aurélien, achevant d'user son heure de voiture, s'était fait conduire au palais Colonna, à l'ambassade de France.
Mais c'est l'ambassadeur qui occupe le palais Colonna; quant aux bureaux, on les a installés dans des communs, anciennes écuries, remises ou cuisines, qui ouvrent leur porte borgne sur une ruelle appelée la via della Pilotta.
Aurélien trouva son ancien camarade M. de Vaunoise dans une salle basse, enfoncé dans un grand fauteuil, et lisant un numéro du Sport, derrière lequel il disparaissait si bien, qu'on ne voyait de sa personne que deux pieds posés sur le dossier d'une chaise qui lui servait d'appui.
Il fallut qu'Aurélien fit le tour de cette chaise pour découvrir son ami derrière le Sport.