—Tout d'abord, continua Baldassare, mon premier soin a été de tâcher d'apprendre ce qui avait rapport à M. Aurélien. Cela n'a pas été difficile, et j'ai su presque tout de suite qu'on avait vu deux Français dont l'un était M. Aurélien, (je le reconnus au portrait qu'on m'en fit), qui étaient venus plusieurs fois dans l'osteria de Zampi.

—Vous voyez.

—Ce fut ce que je me dis aussi, mais ce que j'appris ensuite me rassura. C'est vrai que Rosa est une belle, très-belle fille, mais elle se l'est laissé dire assez souvent pour qu'un homme tel que M. Aurélien n'ait rien à craindre d'elle.

—Voulez-vous dire qu'elle a eu des amants?

—Elle en a eu, et elle en a présentement, au moins elle en a un dont elle est folle.

—Cela, c'est beaucoup.

—N'est-ce pas? Mais il y a plus, son amant, qui est un chanteur, le ténor Cerda, l'aime comme il est lui-même aimé, et il fait bien.

—Vous trouvez qu'elle mérite cet amour?

—C'est-à-dire qu'elle a des manières de se faire aimer qui doivent donner à réfléchir à ses amants. Ainsi, l'année passée, elle avait pour amant un jeune Français, un peintre de l'académie de France. Vous savez, les peintres sont attirés par la beauté des femmes du Transtévère. Était-ce par la beauté, était-ce par la femme même que celui-là avait été attiré? Je n'en sais rien. Mais ce qu'il a de certain, c'est que Rosa qui l'aimait, s'aperçut qu'il ne lui était pas fidèle et, dans une querelle de jalousie, elle fit un malheur.

—Un malheur?