Elle avait entendu raconter des histoires scandaleuses sur certains cardinaux, non par des profanes, non par des ennemis de l'Église, mais par des prêtres, même par des cardinaux médisant de leurs amis, calomniant leurs ennemis.—Celui-ci était de moeurs peu austères et le pape riait lui-même en lisant les entrefilets de la Capitale dans lesquels on disait: «Hier le cardinal ***** est entré au numéro **** du Corso, à deux heures, il n'en est sorti qu'à cinq heures; qu'a-t-il pu faire pendant ces trois heures? trois heures!!!»—Celui-là passait son temps à faire la cuisine et on le trouvait chez lui le bonnet de coton blanc sur la tête, en place de la calotte rouge;—l'un a fait une fortune honteuse dans les spéculations des chemins de fer;—l'autre a des intelligences avec le roi et trahit la papauté.

De même sur la famiglia nobile, c'est-à-dire sur les personnages qui composent la maison particulière du pape, elle avait réuni toutes sortes de renseignements fort peu édifiants: l'un était d'une rapacité féroce;—l'autre était une nullité;—auprès de celui-ci on réussissait par les femmes;—auprès de celui-là en gagnant l'un de ses domestiques auquel il ne refusait rien.

C'était d'après ces observations, ces récits, ces renseignements qu'elle avait bâti son plan de conduite à l'égard de l'aide de chambre du Vatican.

Que la détresse dont il parlait fût vraie ou fausse, qu'elle fût une excuse valable ou un simple prétexte, peu importait; elle permettait de demander et de recevoir, cela suffisait.

Arrivant seule à Rome et sans la recommandation de l'abbé Guillemittes pour Mgr de la Hotoie, elle n'eût pas eu l'idée de s'adresser à un cardinal ou à un prélat de la Famiglia pontificia, mais elle eût cherché à entrer en relations avec le domestique d'un de ces prélats, et elle eût trouvé, secrétaire, cuisinier ou valet de chambre, celui qui pouvait inscrire Aurélien sur le livre de la noblesse pontificale.

Avec ses belles paroles, Mgr de la Hotoie lui avait fait perdre un temps précieux, que Picconi par bonheur allait regagner.

Si elle n'avait pas osé s'expliquer franchement avec l'évêque de Nyda, elle n'eut pas la même retenue avec l'abbé Guillemittes.

Elle lui écrivit une lettre à coeur ouvert,—au moins elle le disait,—et lui expliqua comment Mgr de la Hotoie l'avait sacrifiée; sans doute elle avait été, elle était heureuse de pouvoir contribuer à son élévation, et il savait trop combien elle lui était dévouée pour insister là-dessus, mais enfin elle avait des devoirs à remplir envers son fils et elle le priait de lui faciliter cette tâche.

Qu'il mît en oeuvre tous les moyens dont il disposait pour presser maintenant la démission de Mgr Hyacinthe, et il y avait tout lieu d'espérer qu'il serait préféré à M. l'abbé Fichon.

Aussitôt nommé au siége épiscopal de Condé, il serait bon qu'il organisât un pèlerinage national de Condéens à Rome, et qu'il vînt lui-même à la tête de ce pèlerinage présenter ses remerciements à Sa Sainteté.