Ce fut à neuf heures que mademoiselle Emma arriva: madame Prétavoine l'attendait seule dans sa chambre, Aurélien était sorti et la soeur Sainte-Julienne s'était retirée chez elle.
Au premier coup d'oeil, madame Prétavoine vit que l'entretien allait être sérieux, et ce fut une raison pour elle de redoubler de politesse et d'affabilité, mais avec une nuance de tristesse.
—Vous savez ce qui s'est passé? dit mademoiselle Emma.
—Lorsque je suis rentrée ce soir, mon fils m'a parlé de certains bruits qui couraient dans Rome; seraient-ils vrais?
—Quels bruits?
—Une scène aurait eu lieu chez madame la vicomtesse, entre ce chanteur et cette fille; lorsque j'ai appris cela, je n'ai été qu'à moitié surprise, pensant que vous aviez sans doute exécuté votre idée. J'avoue cependant que je ne croyais pas que vous vous y décideriez, car s'il y avait de bonnes raisons pour faire écrire cette lettre, il y en avait tant d'autres pour ne pas l'envoyer! Mais ce qui m'a stupéfiée, c'est ce qu'on m'a dit au sujet de lord Harley. Comment lord Harley se trouve-t-il mêlé à cette affaire? Je n'y comprends absolument rien.
—Ni moi non plus, répondit Emma en regardant madame Prétavoine dans les yeux.
—Ne m'aviez-vous pas dit qu'il ne revenait jamais d'Ardéa sans prévenir madame la vicomtesse?
—Il n'était jamais revenu.
—Alors il avait donc des soupçons?