Les sommes gagnées avaient disparu et aussi les quelques mille francs prêtés par Aurélien.
Michel s'était dit qu'on l'attendait là pour voir s'il continuerait de jouer, car telle était la situation qu'il s'était faite, que s'il voulait la soutenir il était obligé de jouer bien plus pour perdre que pour gagner et prouver ainsi qu'il pouvait perdre maintenant comme il avait perdu quelques semaines auparavant.
Ne plus jouer c'était avouer qu'il était sans ressources.
Et faire cet aveu, c'était avouer en même temps d'où lui venaient celles qui lui permettaient de jouer intrépidement quelques semaines auparavant.
Il fallait qu'il jouât.
S'il gagnait, c'était bien, il était sauvé!
S'il perdrait, il fallait qu'il continuât de jouer, et fît taire ainsi les interprétations malignes dont il se sentait enveloppé.
De même qu'Aurélien avait connu sa veine, de même il avait appris sa déveine; on ne joue pas à Rome comme à Paris, et il ne s'y établit pas de ces différences considérables qui chez nous, sont telles qu'elles font de temps en temps demander qu'on en revienne aux jeux publics; à Rome, une perte d'une somme assez minime est connue le lendemain de toute la ville; c'est un sujet de conversation et par là une distraction.
Aurélien, qui avait intérêt à savoir ce que faisait Michel, recueillait avidement tous ces bruits, et, jour par jour, heure par heure pour ainsi dire, il était tenu au courant des phases par lesquelles passait la fortune de son futur beau-frère.
Et par lui, madame Prétavoine, soigneusement renseignée, notait les pertes et les bénéfices qui lui étaient annoncés, de manière à faire chaque jour la balance de la situation du prince.