—Il faudrait qu'elle le pût.

—Une mère ne laisse pas déshonorer son fils pour une affaire d'argent; elle paye.

—Encore faut-il qu'elle puisse payer; et je ne crois pas que la vicomtesse de la Roche-Odon puisse maintenant nous payer ces dix mille francs. D'ailleurs il y a un faux.

—Sans doute, c'est horrible, mais ce faux ne porte préjudice à personne qu'à celui qui a eu le malheur de le commettre. Songez donc que cet infortuné jeune homme appartient à une grande famille.

—Il n'en est que plus coupable.

—Sans doute; mais sa famille, elle, n'est pas coupable, et cependant elle portera le poids de cette culpabilité.

—Je crois madame de la Roche-Odon capable de porter plusieurs poids de ce genre sans en être écrasée.

—Ce n'est pas seulement de madame de la Roche-Odon que je parle, bien que je la plaigne de tout mon coeur d'avoir à supporter cet affreux chagrin après toutes les calomnies dont on l'a abreuvée, c'est encore de mademoiselle Bérengère de la Roche-Odon, la soeur du prince, une jeune personne accomplie, un modèle de toutes les grâces et de toutes les vertus, que nous aimons tendrement, et qui va être victime de l'égarement, je veux dire du crime de son malheureux frère.

—Sans doute tout cela est terrible, mais nous n'y pouvons rien.

—Si je vous ai parlé de cette famille infortunée, je veux vous parler maintenant de nous, mon cher monsieur, de moi, de mon fils. Mon fils a été lié avec ce malheureux jeune homme; bien que leurs habitudes, comme leurs fréquentations ne fussent pas les mêmes, il n'en est pas moins vrai qu'ils ont été en relations assez intimes. Croyez-vous que je verrais sans souffrir, sans rougir, ces relations livrées au grand jour de la publicité par un procès en cour d'assises? Ce procès serait des plus fâcheux pour nous, et j'ajoute que pour vous il pourrait devenir regrettable.