Après avoir cherché et discuté le possible et le meilleur, il fut arrêté que pendant que madame Prétavoine ferait chaque matin pieuses stations dans l'une des 389 églises de Rome, Aurélien irait travailler à la bibliothèque du Vatican, de neuf heures à midi, temps pendant lequel elle est ouverte.
Puis, par l'entremise de Vaunoise, Aurélien ferait demander une audience au Saint-Père, afin de recevoir sa bénédiction et de prendre date de son arrivée.
Quant à madame Prétavoine, elle ne se présenterait au Vatican qu'après le retour de Mgr de la Hotoie, avec qui elle voulait s'entendre pour bien arrêter ce qu'elle devait dire et pouvait demander.
La bibliothèque du Vatican est disposée d'une façon caractéristique, qui prouve le cas qu'on fait à Rome des livres ou des manuscrits: sa salle principale, divisée en deux nefs par des piliers, est entourée d'armoires à portes pleines qui couvrent les murs; ces armoires sont fermées à clef. Que renferment-elles? Sans doute les conservateurs le savent, mais le public l'ignore.
Ce n'est pas par, seulement par là, que cette bibliothèque ne ressemble en rien à notre Bibliothèque nationale ou à celle du British Museum, c'est encore par les lecteurs qui la fréquentent; car, à part quelques scribes qui copient des manuscrits orientaux, grecs ou latins, pour des savants étrangers qui ont eu assez d'influence pour obtenir qu'ils leur soient communiqués, ce qui n'est pas une petite affaire, les travailleurs sérieux qu'on y voit sont fort peu nombreux.
Ce fut presque un événement quand on vit chaque matin arriver un jeune Français, de toilette et de tournure élégantes, qui pendant trois heures s'enfonçait dans la Somme de la foi contre les Gentils ou la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, et qui, sans lever le nez de dessus ses in-folio, piochait consciencieusement l'Ange de l'école en prenant des notes.
On tournait autour de lui en regardant par-dessus son épaule, on examinait son écriture, on cherchait à deviner sur quel point portaient ses études ou ses recherches.
Il copiait ses citations sans les traduire, mais il prenait ses notes en français.
Quel était ce Français?
Ce fut la question que chacun se posa.