Puis après ce moment de faiblesse donné à la douleur maternelle, qui malgré les efforts apparents qu'elle faisait pour se contenir, l'avait domptée, elle reprit:

—Mais ce n'est pas pour nous entretenir de mon fils que je suis venue, c'est pour vous parler du vôtre, car si grand que soit mon malheur il est cependant au-dessous de celui qui vous frappe.

—Que voulez-vous dire, madame?

—Ce que je viens de vous expliquer n'avait qu'un but, vous faire comprendre comment des affaires d'argent avaient pu s'établir entre nos deux enfants; mon fils voyant dans le prince un frère, aurait partagé avec lui sa fortune entière. Mon fils n'a pas été élevé comme moi à l'école du travail et de l'économie, c'est la générosité même, sa main est toujours ouverte pour ses amis, et il partagerait avec bonheur tout ce qu'il possède entre ses parents; avec lui il n'y a qu'à demander.

—Mon fils... interrompit la vicomtesse, impatientée par tous ces détails.

Mais madame Prétavoine ne parlait pas à la légère, chaque mot qui tombait de ses lèvres était une semence qui devait produire un fruit; il importait à son plan que la vicomtesse crût à la générosité d'Aurélien.

—Monsieur votre fils emprunta donc de l'argent au mien qui ne refusa jamais, et c'est ainsi que fut créée cette dette de 17,500 francs. Mon fils, je vous le répète, aurait partagé sa fortune avec celui qu'il regardait comme un frère, et le prince comptait si bien sur lui que, toutes les fois qu'il avait besoin d'argent, il venait en chercher. Les choses étaient ainsi lorsque mon fils partit pour Naples comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure. La nuit dernière le prince perdit au jeu une grosse somme et pour la payer il vint le matin s'adresser à mon fils, qu'il ne trouva pas, bien entendu. Il monta néanmoins à son appartement...

Ici madame Prétavoine s'arrêta étouffée par l'émotion; sa voix tremblait.

—Eh bien! s'écria la vicomtesse.

—Ah! madame, laissez-moi demander à Dieu la force de continuer et le moyen d'adoucir la violence du coup que je vais vous porter.