—Mais c'est un égorgement! s'écria madame de la Roche-Odon qui se sentait prise dans un étau dont cette femme à la voix onctueuse manoeuvrait la vis avec une main de fer.

—Ce qui en serait un, ce serait de faire le malheur de mon fils, qui adore mademoiselle votre fille, et qui sera pour vous, madame, le gendre le plus tendre, le plus affectueux, le plus soumis; près de lui, près de votre fille, vous pourrez continuer la grande existence qui vous est nécessaire, car sa fortune, je vous l'ai déjà dit, est considérable, et de plus Sa Sainteté daigne lui conférer dans quelques jours le titre de comte. Que si dans vos réflexions vous vous préoccupez, comme cela est naturel, du bonheur de votre fille, vous devez écarter tout souci à ce sujet. Encore une fois, ce n'est pas vous, madame, qui marierez mademoiselle votre fille, ce sera son grand-père, le comte de la Roche-Odon, près duquel elle vit, et qui, vous le pensez bien, ne lui donnera pas un mari indigne d'elle; ce sera elle-même qui choisira librement son mari. Tout ce que je vous demande, c'est votre consentement légal, et après avoir réfléchi, vous verrez, j'en suis certaine, les avantages qu'il y a pour tous à l'accorder, et les dangers, au contraire, qu'il y aurait à le refuser.

Et sur ce mot, ayant salué humblement, elle se dirigea vers la porte.

L

En sortant de chez madame de la Roche-Odon, madame Prétavoine retourna à la banque de Rome, car il fallait prévoir le cas, probable d'ailleurs, où la vicomtesse voudrait faire une tentative auprès des directeurs de cette banque afin d'empêcher le dépôt de la plainte en faux.

La banque était fermée, mais madame Prétavoine obtint l'adresse du directeur à qui elle avait eu affaire dans la journée, et elle alla immédiatement le relancer à son domicile particulier, via Venti Settembre.

—Eh bien, madame, demanda le directeur lorsqu'il vit quelle était la personne qui l'avait dérangé.

—Eh bien, j'ai l'espérance d'être payée demain; seulement je pense que demain matin on viendra vous demander, vous supplier de ne pas déposer de plainte, et moi je viens ce soir vous demander de ne pas recevoir madame de la Roche-Odon.

—Voulez-vous donc que la plainte soit déposée?

Madame Prétavoine comprit que cet homme d'affaires cherchait à deviner quel intérêt elle pouvait avoir à s'occuper si activement de ce faux, et elle voulut lui donner une raison qui expliquât et justifiât son intervention.