Le lendemain Baldassare lui apporta une lettre de Mgr de la Hotoie.
«Je suis invité à vous conduire demain au Vatican, j'aurai l'honneur de vous attendre à midi; veuillez revêtir la toilette d'étiquette pour les audiences.»
Elle voulut que Baldassare emportât un souvenir pour «cette chère petite Cécilia»; cependant dans son trouble, de joie, elle eut la force de se renfermer dans une générosité tempérée par la réflexion: elle allait bientôt quitter Rome; il n'y avait plus nécessité à gaspiller l'argent; elle n'en avait que trop dépensé.
Bien entendu elle avait fait revenir Aurélien de Naples, et quoiqu'il ne pût l'aider à rien, elle voulait qu'il fût là pour jouir du triomphe qu'elle lui avait ménagé.
Quand elle partit pour se rendre chez l'évêque de Nyda, elle l'envoya au Vatican.
—Informez-vous dans quelle salle je serai reçue et tenez-vous à la sortie de cette salle afin que je puisse vous dire tout de suite ce qui se sera passé.
Quand Mgr de la Hotoie la vit entrer à midi moins cinq minutes, il l'accabla de compliments.
—Mes félicitations, chère madame; ce n'est pas une action d'éclat, c'est un coup de maître. Toutes les difficultés sont aplanies. Vous n'avez plus que des amis; on ne parle que de vous; Mgr le cardinal-vicaire est vivement touché de vos charités et monseigneur (il nomma le personnage que Lorenzo Picconi avait mis en action) fait votre éloge et celui de votre fils avec un feu d'autant plus flatteur pour vous qu'il ne vous connaît pas personnellement; il me disait encore hier: «C'est un plaisir rare et délicat de pouvoir servir une personne méritante qu'on ne connaît pas et qu'on n'a jamais vue»; et je sais de source certaine que Son Éminence n'a rien négligé pour que vous obteniez la grâce que vous sollicitez; il faudra l'en remercier.
—Je ne veux devoir qu'à vous, monseigneur, qu'à vous seul.
L'évêque de Nyda avait de la finesse, il comprit ce mot normand, qui voulait dire: Je m'acquitterai envers ceux qui m'ont servi, mais à vous, le peu que je dois, je le devrai toujours.