—Aurélien, Aurélien.

Il se souleva.

—Ah! comme je dormais bien, dit-il d'un ton de regret, et je rêvais encore; un rêve charmant!

—Alors vous êtes fâché?

—Je suis fâché que vous m'ayez enlevé Bérengère, chère maman, voilà tout.

La mère mit vivement un doigt sur ses lèvres, en montrant d'un coup d'oeil rapide les compagnons de voyage qui occupaient le coin opposé au leur.

—Il n'y a pas de danger, dit-il en souriant à demi.

Et de fait, il ne paraissait point que ces compagnons de voyage pussent être attentifs à ce qui se passait autour d'eux.

C'étaient deux ecclésiastiques italiens qui étaient montés à Spolète. Comme il faisait nuit à ce moment, ils s'étaient installés, chacun dans son coin, et ils étaient restés en face l'un de l'autre, n'échangeant que quelques paroles de temps à autre. Mais quand le jour s'était levé, ils avaient tiré leurs bréviaires de leurs poches et ils s'étaient mis à lire dedans à voix basse, articulant seulement les mots des lèvres et faisant le signe de la croix aux endroits obligés, discrètement et à la dérobée. Mais peu à peu ils s'étaient laissés aller à la force de l'habitude, et, se tassant dans leur compartiment, comme dans une stalle, allongeant leurs jambes devant eux, renversant la tête en arrière, ils avaient élevé la voix, alternant l'un l'autre, et se répondant comme s'ils étaient dans leur chapelle et célébraient publiquement l'office. Les signes de croix se faisaient à pleins bras, et les Dominus, les Deus, les Amen ronflaient à pleine voix avec cette prononciation italienne qui donne tant de sonorité aux mots.

Il n'y avait pas apparence que ces deux prêtres primitifs s'amusassent à écouter la conversation de leurs voisins.