Grande fut la joie de la petite fille quand elle vit les bonbons et la poupée, mais plus grande encore fut la joie du père. L'enfant riait, dansait; il riait aussi avec sa figure farouche, et volontiers il eût dansé avec elle.

—J'aime beaucoup les enfants, je les adore, je ne peux en voir un sans désirer lui faire plaisir, dit madame Prétavoine, et votre petite fille m'a paru si charmante que je n'ai pu résister à l'envie de lui apporter une poupée. Vous n'avez pas d'autres enfants?

Baldassare avait envoyé sa fille jouer dans la cour et il avait raconté «son malheur» à cette bonne dame qui se montrait si gracieuse pour les enfants.

La première fois qu'il avait répondu à madame Prétavoine, c'était à peine s'il s'était servi de quelques mots français, mais maintenant il s'expliquait sinon facilement au moins suffisamment pour être compris; d'ailleurs madame Prétavoine se gardait bien de laisser paraître qu'elle ne le comprenait pas alors même qu'elle cherchait ce qu'il avait voulu dire; sa physionomie se modelait sur celle de Baldassare, souriant quand il souriait, s'attristant quand il s'assombrissait.

Elle ne lui adressa pas une seule question qui eût rapport à Mgr de la Hotoie, et ne montra d'intérêt ou de curiosité que pour ce qui le touchait personnellement, lui Baldassare et «sa chère petite fille si intelligente, si jolie.»

Les Italiens sont fins, mais comment Baldassare se serait-il défié d'une si bonne dame qui ne prononçait même pas le nom de son maître: elle avait été séduite par l'enfant, c'était après tout bien naturel.

Il parlait donc de l'enfant, de ce qu'il ferait d'elle, de ses espérances, de son avenir, de ses parents, d'un de ses cousins Lorenzo Picconi, qui était aide de chambre au Vatican.

A ce mot, madame Prétavoine ouvrit les oreilles. Un valet de chambre du Saint-Père! quelle heureuse fortune! Décidément ce Baldassare était précieux.

Et tous les deux ou trois jours elle était revenue pour voir «la petite Cecilia», et toujours ses poches comme ses mains étaient pleines.

Avec mademoiselle Emma, la femme de chambre de madame de la Roche-Odon, elle avait procédé à peu près de la même façon; seulement, comme mademoiselle Emma n'avait pas d'enfant, elle s'était adressée à elle directement, et à la place de la tendresse et de l'affection, elle avait employé la flatterie.