—Lui-même.
—Par conséquent, cette jeune personne est la fille de madame la vicomtesse de la Roche-Odon, autrefois princesse Sobolewska, qui présentement habite Rome?
—Précisément.
Et madame Prétavoine continua sa confession ou plutôt son récit.
—Cette passion était telle que si son fils n'obtenait pas la main de mademoiselle de la Roche-Odon, il pouvait mourir de désespoir. Il fallait donc que ce mariage réussît. Le principal obstacle, le seul qu'on rencontrât, était la naissance de mademoiselle de la Roche-Odon; car, pour la fortune, il y avait à peu près égalité; la jeune fille ne possédant rien présentement, et la fortune du vieux comte de la Roche-Odon, autrefois considérable, ayant été gravement endommagée par des dettes énormes que le vicomte avait contractées et que son père avait tenu à payer intégralement. C'était pour aplanir cet obstacle que l'abbé Guillemittes avait pensé, car l'idée venait de lui et de lui seul, à obtenir du Saint-Père un titre de noblesse.
Pendant que madame Prétavoine parlait, l'évêque continuait à se regarder dans la glace; à cette conclusion, il se fit un signe de tête que madame Prétavoine prit pour elle, et qu'elle interpréta comme un blâme, ou tout au moins comme un doute.
—Qu'elle voulût ce mariage qui devait assurer le bonheur de son fils, cela était tout naturel, car elle adorait ce fils qui était tout pour elle, sa consolation,—elle avait la douleur d'être veuve,—et son espérance. Mais ce n'était point par des considérations de ce genre que l'abbé Guillemittes désirait ce mariage, et l'appuyait de toutes ses forces. C'était parce qu'il devait puissamment venir en aide à la religion menacée en France, à l'Église indignement persécutée. En effet, c'était pour être le défenseur de la religion et de l'Église, que ce fils avait été élevé. C'était là le but de sa vie, et la tâche qu'il s'était imposée. Élève de l'université de Louvain, il s'était préparé, par de fortes études, à cette mission, et il la remplirait courageusement sans se laisser distraire par aucun intérêt terrestre. Quelle influence, quelle autorité n'aurait pas un homme ainsi préparé, ainsi résolu, alors qu'il serait devenu le gendre du comte de la Roche-Odon? Ainsi considéré, ce mariage n'était plus une affaire personnelle du succès de laquelle dépendait le bonheur de celui-ci et de celle-là, c'était le triomphe de la religion et de l'Église. Ce que M. l'abbé Guillemittes demandait au Saint-Père, ce n'était point un vain titre, c'était une arme pour résister à l'envahissement des mauvais principes, et assurer le triomphe des bons. Elle, mère, avait offert son fils à Dieu; maintenant elle demandait au Saint-Père de prendre ce fils et d'en faire le soldat de l'Église.
XII
Lorsque madame Prétavoine fut arrivée au bout de son long discours, Mgr de la Hotoie garda le silence pendant quelques minutes, puis, au lieu de lui répondre, il lui adressa une nouvelle question:
—Et pourquoi Guillemittes a-t-il besoin de mes services dans des conditions qui doivent m'être expliquées par vous? demanda-t-il.