—Et il ne l'a pas ramassé?

—Il ne s'en est même pas aperçu tout d'abord; c'est plus tard, dans la rue, en voyant qu'une jambe de son pantalon était plus longue que l'autre et traînait sur ses bottines, qu'il a pensé à l'échelle et qu'il a constaté qu'un bouton lui manquait. Il n'allait pas retourner chez Caffié pour le chercher, n'est-ce pas?

—Assurément.

—Comment prévoir que Caffié allait être assassiné; que le crime serait assez habilement combiné et exécuté pour laisser échapper le coupable; que, deux jours après, la police aux abois trouverait un bouton sur lequel elle bâtirait toute une histoire; que, de cette histoire, il résulte qu'il y a eu lutte entre l'assassin et sa victime; que dans cette lutte un bouton a été arraché, et que celui qui l'a perdu est nécessairement celui qui a coupé le cou à Caffié? Florentin n'a pas pensé à tout cela.

—Ça se comprend.

—Il a lui-même, le soir, remplacé son bouton par un autre, et c'est seulement en lisant le journal qu'il a senti ce qu'il pouvait y avoir de grave dans ce fait en apparence insignifiant, et comme lui, en même temps que lui, nous avons partagé son émoi.

—Vous n'avez parlé à personne de ce bouton?

—Certes non; nous n'avions garde; et je ne t'en ai parlé que parce que je te dis tout, et aussi parce que, si nous étions menacés, nous n'aurions de secours à attendre que de toi. Florentin est un bon garçon, mais c'est un mouton qui ne sait que tendre le dos quand il lui pleut dessus; maman est comme lui sous plus d'un rapport, et moi, quoique je sois plus résistante, j'avoue qu'en face de la loi et de la police je perdrais facilement la tête, comme les enfants qui se mettent à hurler quand on les laisse dans l'obscurité; la loi, n'est-ce pas la nuit, quand on ne la connaît pas, et une nuit troublante, pleine d'effarements, toute peuplée de fantômes?

—Je ne crois pas que vous soyez menacés comme tu l'as imaginé dans un premier moment d'émotion....

—Bien naturelle.