—Je t'assure que j'y suis, à ta place, et que ton inquiétude est la mienne; seulement elle ne se traduit pas de la même manière. Enfin quelle est-elle ton idée?

—C'est d'aller trouver Valérius et de tout lui raconter.

—Et qui nous répond-de la discrétion de Valérius? demanda madame Cormier; ne serait-ce pas la plus grosse imprudence que tu pourrais commettre? On ne joue pas avec un secret de cette importance.

—Valérius est un brave homme.

—C'est parce qu'il ne peut pas travailler quand les affaires politiques ou plutôt patriotiques vont mal, que tu dis ça.

—Et pourquoi non? Chez un pauvre misérable qui vit si petitement de son travail, ce souci et cette fierté de la patrie ne sont-elles pas la marque d'un coeur élevé?

—Je t'accorde cette élévation; mais c'est une raison de plus pour être prudent avec lui, dit Philis. Précisément parce qu'il peut être ce que tu crois, la réserve nous est imposée. Tu lui dis ce qui s'est passé: il l'accepte et il accepte ton innocence, c'est parfait; il ne trahira ton secret ni volontairement ni par maladresse. Mais il ne l'accepte pas; il cherche les dessous; il suppose que tu as voulu le tromper; il te soupçonne; alors ne va-t-il pas tout raconter au commissaire de police de notre quartier? Pour moi, j'estime que c'est un danger qu'il serait fou de provoquer.

—Et, selon toi, que faut-il faire?

—Rien; c'est-à-dire attendre, puisqu'il y a mille chances contre une pour que nos inquiétudes, que nous exagérons les uns les autres, ne se réalisent jamais.

—Eh bien, attendons, dit-il; au surplus, j'aime autant cela; au moins je n'ai pas de responsabilité. Il adviendra ce qui pourra.