—Vous dites Florentin Cormier? demanda l'agent, qui se rappela que ce nom était celui d'une personne qu'on avait vue chez Caffié le jour du crime; vous le connaissez?
—Pas précisément; c'est la première fois que je l'habille; mais je connais sa mère et sa soeur, qui habitent la rue des Moines depuis cinq ou six ans au moins; de bien honnêtes gens qui travaillent dur et ne doivent rien à personne.
Le lendemain matin, vers dix heures, peu de temps après le départ de Philis, Florentin, qui lisait le journal dans la salle à manger, pendant que madame Cormier préparait le déjeuner, entendit des pas, qui voulaient se faire légers, s'arrêter sur le palier devant leur porte. Son oreille, depuis quelques jours, s'était trop habituée aux bruits de la maison pour se tromper: il y avait dans ces pas une hésitation ou une précaution qui trahissaient évidemment un étranger; et avec le peu de relations qu'ils avaient, un étranger était sûrement un ennemi,—celui qu'il attendait.
Un coup de sonnette donné d'une main ferme le fit sauter sur sa chaise; il n'y avait pas à hésiter lentement et en prenant un air indifférent, il alla ouvrir.
Il trouva devant lui un homme d'une quarantaine d'années, vêtu d'un veston court, coiffé d'un chapeau melon, au visage affable et fin.
—Monsieur Florentin Cormier?
—C'est moi.
Il le fit entrer dans la salle à manger.
—M. le juge d'instruction vous prie de passer à son cabinet.
Madame Cormier sortit de la cuisine pour entendre ces quelques mots, et, si Florentin, qui la regardait, ne lui avait pas fait un geste énergique, elle se serait trahie; les paroles qu'elle avait sur les lèvres «Vous venez arrêter mon fils!» lui auraient échappé; elle les refoula.