—Dis qu'elle m'écrase; je m'étais si bien laissée enlever.

—Il ne faut pas être écrasée, pas plus qu'il ne faut être envolée. Certainement, ce que cette dame vient de te dire constitue un fait considérable....

—N'est-ce pas?

—Sans aucun doute; mais, si le témoignage qu'elle apporte peut être gros de conséquences, c'est à condition que le témoin est digne de foi.

—Crois-tu que cette dame peut avoir inventé une pareille histoire?

—Je ne dis pas cela; mais avant tout il faut savoir ce qu'elle est.

—La veuve d'un avoué.

—Veuve d'avoué, propriétaire: évidemment, cela constitue un état social qui mérite considération pour la justice; mais l'état moral, quel est-il? Tu dis qu'elle est paralysée?

—Depuis plus d'un an.

—De quelle paralysie? C'est là un mot bien vague pour nous autres; il y a des paralysies qui troublent la vision, il y en a qui troublent la raison. Est-ce d'une de ces paralysies que cette dame est atteinte? ou bien est-ce d'une autre qui lui a permis de voir réellement, le soir de l'assassinat, ce qu'elle raconte, et qui laisse maintenant ses facultés mentales en état sain? C'est là, avant tout, ce qu'il serait important de savoir.