—Ne soyez pas trop modeste, cher ami; j'ai eu à consulter dernièrement l'article Paralysie dans mon Dictionnaire de médecine, et j'ai vu votre travail cité à chaque page. De plus, la façon dont vous venez de passer votre concours vous a mis en lumière; on ne parle que de vous. Il n'y a donc rien d'impossible à ce que mademoiselle Philis, racontant que sa mère a été guérie par vous d'une paralysie précisément, n'amène madame Dammauville à l'idée de vous consulter, et que son médecin ne vous appelle.

—Vous ne ferez pas cela!

—Et pourquoi ne le ferais-je pas?

Ils se regardèrent un moment en silence, et Saniel détourna les yeux.

—Je ne déteste rien tant que de paraître me mettre en avant.

—Dans l'espèce, il ne s'agit pas de ce que vous détestez ou de ce que vous aimez: il s'agit de sauver ce malheureux jeune homme que vous savez innocent; et vous pouvez, pour une bonne part, nous aider. Vous examinez madame Dammauville: vous voyez de quelle paralysie elle est atteinte et, conséquemment, quels reproches on peut opposer à son témoignage; en même temps vous voyez, si vous pouvez la guérir, ou tout au moins la mettre en état de venir à l'audience.

—Et s'il est constaté qu'elle ne pourra pas quitter son lit?

—Alors j'apporte un changement à mon ordre de bataille, et c'est pour cela qu'il est d'une importance capitale—vous savez que c'est le mot—que je sois averti à l'avance.

—Vous faites recevoir sa déposition par le juge d'instruction?

—En aucun cas; mais je fais écrire une lettre par elle que je lis au moment voulu, et je cite son médecin pour qu'il explique qu'il n'a pas permis à sa cliente de venir à l'audience: sans doute, l'effet produit ne serait pas celui que je cherche, mais enfin, nous en aurions toujours un.