Mais aussi pourquoi lui avait-elle parlé de doubles bourrelets aux portes et aux fenêtres, de tentures aux murs, d'épais rideaux? C'était elle qui lui avait ainsi suggéré l'idée de la clef du poêle, qui ne lui serait pas venue spontanément. S'il admettait l'influence du hasard, il y en avait une là, à coup sûr, bien caractéristique, qui, jusqu'à un certain point le dégageait.

La nuit se passa à agiter ces pensées; tantôt il trouvait que l'heure ne marchait pas, que le matin n'arriverait jamais, tantôt, au contraire, qu'elle lui échappait avec une rapidité stupéfiante; par moments, la sueur lui tombait du front sur les mains; dans d'autres, il se sentait glacé.

Quand l'aube commença à blanchir les vitres, il revint s'asseoir accablé et frissonnant sur le divan et, s'étant appuyé à un coussin, il y retrouva le parfum de Philis; alors, enfonçant sa tête dedans, il resta là immobile et le sommeil le prit.

Un coup de sonnette le réveilla, effaré, effrayé, il se trouva debout sans savoir où il était. Le jour, s'était fait; des voitures roulaient dans la rue. Un second coup de sonnette retentit, plus fort, plus précipité. Il alla ouvrir; grelottant, et reconnut la femme de chambre qui, la veille, lui avait apporté la lettre de madame Dammauville. Il n'eut pas besoin de l'interroger: le hasard s'était rangé de son côté. Son regard se troubla; ce fut sans la voir qu'il entendit la femme de chambre expliquer ce qui l'amenait.

—Elle avait été chez M. Balzajette, mais il venait de partir pour la campagne, elle alors était accourue: sa maîtresse était presque froide dans son lit, ne parlant pas, ne respirant pas, le visage rosé cependant.

—Je vais avec vous.

Il n'avait pas besoin d'en apprendre davantage cette coloration rosée, qui se remarque dans les asphyxies par l'oxyde de carbone, l'avait fixé. Cependant, en chemin, marchant vite près d'elle dans les rues encore désertes, il l'interrogea sur ce qui s'était passé après son départ:

—Il ne s'était rien passé; elle avait causé dans la cuisine avec la cuisinière qui, vers minuit, était montée à sa chambre au cinquième, et elle s'était alors couchée dans un cabinet attenant à la chambre de sa maîtresse. La nuit, elle n'avait rien entendu; le matin, au jour levant, elle avait trouvé sa maîtresse dans l'état qu'elle venait de dire, et tout de suite elle avait couru chez M. Balzajette.

Continuant son interrogatoire, il voulut savoir ce que madame Dammauville avait fait depuis la consultation avec M. Balzajette.

—Elle avait dîné comme à l'ordinaire, mais moins qu'à l'ordinaire, ne mangeant presque rien; puis elle avait reçu la visite d'une de ses amies qui n'était restée que quelques minutes, partant en voyage.