—Vous l'avez lu?

—Pour cha non, mais j'ai causé avec le clerc d'huissier qui me l'a remis «parlant à ma perchonne» et il m'a expliqué la situation. C'est-y malheureux, monchieur le docteur!

Il ne manquait plus à Saniel que d'être plaint par son concierge.

—Elle n'est pas ce qu'on vous a dit, répliqua-t-il avec hauteur.

—Allons, tant mieux! j'en suis bien content, pour vous et pour moi. Vous pourrez me payer ma petite note.

—Vous me la donnerez.

—Je vous l'ai déjà donnée deux fois, mais je l'ai refaite; la voilà.

La réclamation d'un créancier paralysait Saniel ou bien il restait bouche béante, étouffé par l'humiliation, ou bien il ne trouvait à répondre que des maladresses. Prenant la note que le concierge lui tendait, il la mit dans sa poche en balbutiant quelques mots.

—Voyez-vous, monchieur le docteur, faut que je vous dise ce que j'ai sur le coeur depuis longtemps. Vous êtes mon pays et je vous estime trop pour ne pas parler. En prenant votre appartement, en vous engageant avec votre tapissier vous avez fait plus que force: vous vous épuisez; quittez cet appartement, prenez celui d'en face qui coûte moitié moins, et ça ira. Vous ne serez pas forcé d'abandonner le quartier. Qu'est-ce que deviendraient les pays si vous nous quittiez? Vous êtes un bon médecin, tout le monde le reconnaît et le dit, les pays s'entend. Maintenant, pour ma petite note, il est convenu que je passerai le premier, n'est-ce pas, comme de juste?

—Aussitôt que j'aurai de l'argent, je vous payerai.