Il fallait réfléchir, se rendre compte, s'observer.

Il avait dit à Philis que les gens intelligents, avant de s'engager dans une action, en pèsent le pour et le contre.

Contre la mort de Caffié, il ne voyait rien.

Pour, au contraire, tout se réunissait.

S'il avait eu les scrupules de Philis ou les croyances de Brigard, il n'aurait eu qu'à s'arrêter.

Mais, ne les ayant pas, ne serait-il pas naïf de reculer?

Devant quoi reculerait-il? Pourquoi s'arrêterait-il?

Le remords? Mais il était convaincu que les gens intelligents n'ont pas de remords quand ils se sont décidés en connaissance de cause: c'est avant qu'ils en ont, non après; et justement il en était à cette période de l'avant.

La peur de se faire prendre? Mais les gens intelligents ne se font pas prendre. Ceux qui se perdent, ce sont ou les brutes qui vont tout droit, ou les demi-intelligents qui mettent toute leur habileté, leur finesse, à combiner une action compliquée ou romanesque dans laquelle on retrouve leur main. Lui, il était homme de science et de précision, et il ne se compromettrait ni par l'acte, ni par le sentiment: rien à craindre pendant, rien à craindre après. Caffié étranglé, ce ne serait pas sur un médecin que les soupçons se porteraient, ce serait sur une brute; quand les médecins veulent tuer quelqu'un, ils opèrent savamment par le poison ou tout autre mort scientifique; les brutes y vont brutalement; le meurtre dit la profession de l'assassin.

Quelques instants auparavant, la sueur l'inondait; ce mot le glaça.