—Je ne trouve pas.

—Nous pourrions prendre un rendez-vous.

—A quoi bon, puisque le hasard nous le donne?

Il fallait se résigner et mettre au moins, en attendant, de la bonne grâce dans les formes.

—Je suis tout à vous, dit-il, d'un ton gracieux qui contrastait avec ses premières résistances.

Saniel, si pressant quelques instants auparavant, resta un moment silencieux, marchant à côté de Glady, qui regardait le bitume brillant; enfin, il se décida:

—Je vous ai dit que de l'affaire dont je désirais vous entretenir dépendait mon avenir; la voici en un mot: si je ne trouve pas à me procurer 3,000 francs avant deux jours, je suis obligé de quitter Paris, de renoncer à mes études, à mes travaux en train, pour aller m'enfouir dans mon pays natal et devenir médecin de campagne.

Glady ne broncha pas; car, s'il n'avait pas prévu le chiffre, il attendait la demande: il continua de regarder le bout de ses pieds.

—Vous savez, continua Saniel, que je suis fils de paysans: mon père était maréchal, tout petit maréchal dans un pauvre village de l'Auvergne. A l'école je fis preuve d'une certaine aptitude pour le travail que mes camarades n'avaient pas au même degré. Notre curé me prit en affection et voulut m'apprendre ce qu'il savait, ce qui ne fut pas bien long. Alors il me fit entrer au petit séminaire. Mais je n'avais pas la docilité d'esprit et la soumission de caractère qu'il faut pour cette éducation, et après quelques années de tiraillements, si on ne me renvoya pas, on me fit comprendre qu'on serait bien aise de me voir partir. J'entrai alors comme maître d'étude dans une petite pension, sans appointements, bien entendu, pour la nourriture et le logement. Je passai de bons examens, et je préparais ma licence quand, à la suite d'une discussion, je quittai cette pension. J'avais gagné quelque argent à donner des leçons particulières et je me trouvais à la tête d'environ quatre-vingts francs. Je partis pour Paris, où j'arrivai, un matin de juin, à cinq heures, sans y connaître personne. J'avais une petite caisse, avec quelques chemises dedans, qui m'obligeait à prendre une voiture. Je dis au cocher de me conduire à un hôtel du quartier Latin. Quel hôtel? dit le cocher. Cela m'est égal.—Voulez-vous l'hôtel Racine? Va—pour l'hôtel Racine: le nom me plaît. Nous roulions depuis assez longtemps quand le cocher arrêta son cheval et voulut revenir en arrière. Qu'est-ce qu'il y a? J'ai dépassé l'hôtel Racine.—Continuez. Je ne tiens pas plus à l'hôtel Racine qu'à un autre.—Voulez-vous l'hôtel du Sénat?—Le nom me va mieux encore; c'est peut-être un présage.» Il me conduisit à l'hôtel du Sénat, où avec ce qui me restait de mes quatre-vingts francs, je payai un mois d'avance. J'y suis resté huit ans.

—C'est drôle.