—Vous croyez à un boucher?

—A un tueur de profession: le larynx a été tranché au-dessous de la glotte, et du même coup les deux artères carotides avec les veines jugulaires. Comme l'assassin avait dû relever la tête, la victime n'a pu pousser aucun cri; il y a eu un jet de sang considérable, et la mort a dû arriver en une ou deux minutes.

—La scène me paraît très bien reconstituée, dit le commissaire.

—Le sang a dû jaillir dans cette direction, continua Saniel en montrant l'entrée; mais, comme la porte de cette entrée était ouverte, on ne vit rien.

Pendant, que Saniel parlait, le commissaire jetait autour de lui un regard circulaire, ce regard du policier qui voit tout et ramasse tout.

—La caisse est ouverte, dit-il; l'affaire se caractérise: assassinat suivi de vol.

Une porte faisait vis-à-vis à celle de l'entrée, le commissaire l'ouvrit: c'était celle de la chambre à coucher de Caffié.

—Je vais vous donner un homme pour vous aider à transporter le cadavre dans cette chambre, où vous pourrez continuer votre examen plus à l'aise, tandis que, moi, je pourrai plus facilement aussi me livrer à mes investigations dans ce cabinet.

Saniel aurait voulu rester dans le cabinet pour assister à ces investigations; mais soulever une objection était impossible. Le fauteuil fut roulé dans la chambre, où les bougies de la cheminée avaient été allumées, et, quand le cadavre eut été étendu sur le lit, le commissaire retourna dans le cabinet.

Saniel fit durer son examen aussi longtemps qu'il put, afin de ne pas quitter la maison, mais cependant il ne pouvait pas le prolonger au delà de certaines limites; lorsqu'elles furent atteintes, il revint dans le cabinet du clerc, où le commissaire s'était installé, et recevait la déposition de la concierge.