Elle haussa les épaules en poussant des exclamations de pitié.
—Veux-tu que ce qui est arrivé avec don José, avec lord Start, avec Savine, se renouvelle avec le duc de Naurouse?
—Il n'y a pas de danger; dit-elle avec une superbe assurance et l'éclair de la foi dans les yeux; ceux dont tu parles savaient qu'ils m'étaient indifférents; M. de Naurouse sait que...
—Que?...
—Que je l'aime.
—Tu ne le lui as pas dit?
—Est-ce qu'il est besoin de se le dire, cela se voit, cela se sent; lui, non plus, ne m'a pas dit, qu'il m'aimait, et cependant je suis certaine de son amour tout aussi bien que s'il me l'avait affirmé par les serments les plus solennels; c'est l'élan de mon coeur qui me l'affirme lorsque je le vois, c'est son anéantissement lorsque nous sommes séparés.
—J'admets cet amour, je l'admets aussi grand que tu voudras chez le duc de Naurouse; eh bien! à quoi a-t-il servi jusqu'à présent?
—A nous rendre heureux.
-J'entends pour ton mariage; si malgré cet amour, ce grand amour, M. de Naurouse n'a point encore demandé ta main, bien qu'il sache qu'il n'a qu'un mot à prononcer pour l'obtenir, ne crains-tu pas qu'à un moment donné il se retire comme s'est retiré Savine, comme se sont retirés déjà ceux qui ont voulu t'épouser et qui, après un certain temps, ont renoncé à leur projet?