XXVI

En montant derrière Roger l'escalier de la tour, Corysandre n'avait qu'une seule pensée, qui était une espérance.

—Pourvu qu'il y ait des visiteurs sur la plate-forme, se disait-elle.

Et tout en montant elle écoutait; mais, sur les pierres de grès rouge qui forment les marches de l'escalier, on n'entendait point d'autres pas que les leurs; de temps en temps seulement, quand ils passaient auprès d'un jour ouvert dans l'épaisse muraille de la tour, leur arrivait le croassement de quelque corneille qui revenait à son nid ou qui s'envolait.

—Il semble que nous soyons seuls dans cette église, dit Roger en se retournant vers elle.

Ils continuèrent de monter, allant lentement.

Cette tour du Münster de Fribourg, qui est une des merveilles de l'architecture gothique, est aussi large à sa base que la nef elle-même, alors elle est quadrangulaire; mais en s'élevant cette forme se rétrécit et change, pour devenir octogone, puis enfin elle devient une pyramide qui se termine par une flèche hardie que couronne une croix.

C'est jusqu'au point où commence cette flèche que montent les visiteurs: là se trouve une plate-forme que borde un balcon d'où la vue embrasse l'ensemble du monument et un immense panorama: à ses pieds on a la cathédrale avec sa toiture à la pente rapide, ses arcs-boutants, ses statues, ses gouttières, ses colonnes, ses clochers aux dentelures byzantines, puis, par-dessus les toits et les cheminées de la ville, d'un côté la Forêt-Noire, dont les pentes sombres s'élèvent rapidement, et de l'autre la plaine du Rhin, que ferme au loin la ligne bleuâtre des Vosges.

Ils restèrent longtemps sur cette plate-forme, allant successivement d'un côté à l'autre, de façon à embrasser entièrement la vue qui se déroulait devant eux; chaque fois que Corysandre se penchait au-dessus du balcon pour regarder la place, elle voyait sa mère, immobile dans la calèche, toute petite, et n'agitant aucun mouchoir.

Personne ne viendrait donc la tirer de son embarras qui avec le temps allait en s'accroissant.